James et Mary Ann Lotash

par Anne Sophie Roussel

James et Mary Ann Lotash se sont établis à Rimouski en 2012 à la suite d’une deuxième migration. Les deux ont grandi dans des régions différentes de l’URSS; James est né en 1965 à Bakru en Ukraine et Mary Ann en 1973 à Bel’tsy (Balti) en Moldavie. En raison de la discrimination à laquelle faisaient face les Juifs, en 1991, la famille de Mary Ann a choisi de quitter pour l’Israël ; celle de James a fait le même choix en 1996. En 1999, le couple s’est rencontré en Israël. Ils vivent à Tel-Aviv. Le russe est la langue qu’ils utilisent entre eux, et la langue qu’ils apprennent à leur fils. Hormis le russe, le couple parle français, hébreu et anglais, en plus d’être familier avec d’autres langues comme le moldave. Ensemble, ils collectionnent de nombreux diplômes de Russie, d’Israël et du Canada, ayant plusieurs cordes à leur arc en termes de formation : mécanique, transportation, sciences agricoles, administration, ingénierie, socio-psychologie, infographie, et plus encore.

Rimouski, 2016. La famille Lotash — Mary Ann, James et leur jeune fils. Ils nous expliquent leur arrivée au Canada.

Après leur mariage en 2000, le couple commence à considérer l’immigration. Ils sont les seuls de leur famille à faire le saut. La situation politique, le climat et la mauvaise qualité de vie dans la grande ville les poussent à vouloir quitter Tel-Aviv. Ils se tournent d’abord vers l’Australie. Leurs tentatives ne sont pas concluantes. C’est alors un ami qui leur suggère le Canada, à cause de l’intérêt de James pour le français, lié à sa consommation de produits culturels français depuis son jeune âge.

James et Mary Ann Lotash, Israël, 1999. Souvenir d’une sortie romantique conservée dans un album photo, avec une description écrite en russe.

Pour se préparer à appliquer pour le Certificat de sélection du Québec, le couple commence les cours de français à l’Alliance française en 2007, et continue jusqu’à leur acceptation en 2012. Cet apprentissage langagier représente un investissement de temps et d’argent non négligeable au cours de ces cinq années. Le couple pense souvent abandonner. Ils ont suivi plus de quatre années de cours de français, passé deux entrevues d’immigration en français et deux tests standardisés visant à évaluer leur niveau de français. Le couple a fait des recherches pour trouver un endroit où il y a des besoins en emploi, pensant que cela rendrait leur projet d’immigration plus certain. Leur premier choix était Les Méchins, en Gaspésie. Ils ont ensuite hésité entre Rimouski, Sherbrooke et Laval.

Le couple reçoit leur Certification de sélection du Québec en 2012, et choisit de s’établir directement à Rimouski à leur arrivée. Compte tenu des efforts investis envers l’apprentissage du français avant leur migration, le couple n’a pas suivi de cours de francisation à leur arrivée. Après avoir cherché sans succès des emplois qualifiés et non qualifiés dans la région, le couple retourne aux études pour obtenir des diplômes canadiens. Cela les place dans une position précaire, car ils doivent vivre des prêts et bourses.

Même si les Lotash valorisent l’indépendance et la débrouillardise, ils utilisent tout de même les services de l’organisation locale d’aide aux immigrants, et se disent très reconnaissants de l’aide de la directrice. Quant à leur cercle d’amis, celui-ci est composé principalement d’immigrants et d’étudiants étrangers de différentes origines. Cela s’explique par ce que les Lotash voient comme une certaine fermeture des « Québécois » à établir des connexions avec les personnes de différentes origines. Ils soulignent aussi la “valeur” de leur multilinguisme, et leur incompréhension que les employeurs locaux ne souhaitent pas profiter de cette richesse. Des professionnels de la santé à Rimouski leur ont reproché de parler russe à leur enfant, né en 2015, présentant cette décision comme une forme de négligence ou d’entrave à son développement social.

Ville de Québec, 2017. Cérémonie de citoyenneté canadienne pour James et Mary Ann Lotash.

Les Lotash sont très attachés à la ville et l’identité régionale malgré les difficultés vécues. Le couple a comme projet de rester à Rimouski, entre autres car ils y apprécient la qualité de vie qui vient avec les petites villes. Ils sont cependant ouverts à déménager si le travail de Mary Ann le demande ; elle occupe depuis 2016 un poste bilingue avec la fonction publique.

En 2017, une deuxième grossesse annonce l’arrivée d’un nouveau venu à leur famille qui comprend déjà un jeune fils, quatre chats et un chien. Mary Ann et James ont reçu leurs diplômes de l’Université du Québec à Rimouski. Ils ont aussi commencé leur propre entreprise, un camion-restaurant (food truck) de nourriture de rue israélienne. Le couple a également obtenu à l’automne 2017 sa citoyenneté canadienne dans une cérémonie tenue à la Ville de Québec.