Julie Blais Wambeke

par Patricia Lamarre et Monica Heller

Julie et son jardin de fleurs à Kelowna en 1961.

Julie Blais Wambeke est née en 1921 à Battleford, Saskatchewan (une communauté surtout anglophone). Son père Charles, originaire de St-Édouard-de-Lotbinière au Québec, est parti seul vers le Klondike en train autour de 1913. Il est descendu à Edmonton, la fin de la ligne ferroviaire, où il a rencontré quelqu’un qui revenait du Klondike et qui lui a dit de ne pas y aller ( « Charlie, don’t go, y’a plus d’or » ). Il est retourné à St-Édouard où il a épousé Évelyne Blanchette de St-Évariste. Deux ans plus tard il a retourné dans l’ouest, cette fois-ci à Battleford. Son épouse et leurs deux enfants ont suivi.

« You have to think she [sa mère] did this by herself, without any English. It was a long trip – can you imagine the courage it took – by herself, with children and no English and it was a long trip. »


Charles et Évelyne Blais et les enfants à Battleford, SK, vers 1915.

À Battleford, Charles tenait une écurie où les voyageurs pouvaient laisser leurs chevaux pour la nuit. Charles a laissé un « hobo » (itinérant) dormir dans la grange ; la grange a pris feu et tout a brulé. En 1927, Charles obtient de la CN une “terre” à Delmas, Saskatchewan, fondé en 1901 avec l’arrivée de la voie ferrée. La CN voulait faire coloniser les terres. Éventuellement les Blais ont eu 17 enfants.

« My dad was afraid of nothing. First one to buy a tractor, first one to buy a combine…. C’était un beau site… pour faire pousser des grains, de l’avoine, le blé. 360 acres. It was what we called « bald prairie », with bluffs. Never cultivated. »

Traduction :
« Mon père n’avait peur de rien. Le premier à acheter un tracteur, le premier à acheter une moissonneuse-batteuse…. C’était un beau site… pour faire pousser des grains, de l’avoine, le blé. 360 acres. C’était ce qu’on appelait « bald prairie », avec des falaises. Jamais cultivé. »

Silo à grain de Delmas, Saskatchewan

Père Henri Delmas OMI était le premier curé dans la région (arrivé en 1900, en mission auprès des autochtones à la mission Thunderchild). Lui et un autre curé ont établi deux homesteads ; le père Delmas a fondé une école résidentielle, St-Henri-de-Thunderchild, sur le sien.   

Formation comme enseignante

Formée comme enseignante à une école normale, en 1938 Julie Blais devient sœur enseignante dans l’ordre de l’Assomption de la Sainte-Vierge, qui s’est établi à Edmonton, Alberta (l’ordre est basé à Nicolet, Québec). Elle enseigne dans les écoles françaises dans divers endroits de la province, y inclus à Bonnyville et à St. Paul, mais a passé aussi six ans à Edmonton où elle a complété une baccalauréat en Éducation.

Cinquantième anniversaire de l’arrivée des Soeurs de l’Assomption de la Sainte-Vierge à St. Paul, Alberta, 1899 – 1949.
Source : https://bit.ly/2MTYIGE

En 1956, Julie déménage au sud de Lethbridge, à Taber, où elle travaille comme enseignante. Elle rencontre son futur mari, George Wambeke, à High River. George est originaire de l’Orégon.

Les parents de George Wambeke

Le père de George, un Belge, est venu aux Amériques au milieu du 19e siècle avec son frère, d’abord par bateau jusqu’à New York (ils ont dû payer leur passage en pelletant le charbon), ensuite à l’Orégon, au milieu du 19e siècle. Il épouse une femme catholique d’origine polonaise ; ils adoptent l’anglais comme langue commune. La famille Wambeke déménage au Canada en 1904 avec l’intention d’établir une ferme laitière à Red Deer, Alberta mais, ils s’arrêtent à High River à cause d’une inondation ; ils finissent par y établir un ranch à bétail. Des membres de la famille tiennent toujours ce ranch ainsi que d’autres qu’ils ont acquis par la suite.

Les parents de George Wambeke
High River Ranch, Big Hill, Alberta
High River Ranch, Big Hill, Alberta
Julie Wambeke le jour de son mariage à George.
Journée du déménagement, High River Alberta, 1961

Julie et George se marient en 1958. Ils passent leur lune de miel à Hawaii. Leur enfant est né en 1960 à High River. Suite à des vacances dans la vallée de l’Okanagan, la famille décide en 1961 de déménager à Kelowna pour que George, maintenant à la retraite, puisse cultiver des roses.

Julie remarque : J’étais habituée de déménager… étant enseignante.

George Wambeke et ses roses.
Le Cercle de Ste-Cécile

Entre 1962 et 1966 Julie participe à l’établissement d’un réseau de femmes francophones (surtout originaires des prairies et de Maillardville en Colombie-Britannique) qui se connaissent à travers l’église qui dessert une communauté catholique et anglophone.

« Au début, nous ne savions même pas que nous étions là. »

Julie Wambeke explique l’établissement de la communauté francophone à Kelowna.
Couverture du livre “La Bonne Chanson”

Elles forment un groupe qu’elles appellent le Cercle de Ste-Cécile qui se réunit pour jouer aux cartes et chanter, employant le recueil de chansons La bonne chanson, bien connu à travers le Canada francophone depuis le début du 20e siècle. Durant cette période, la fille de Julie et George commence l’école, et Julie enseigne le français bénévolement à sa classe.

Pièce de théâtre, “Cabane à sucre”, Cercle de Ste.Cécile
Le Centre culturel francophone de l’Okanagan

Le cercle de Ste-Cécile devient un point de ralliement et de concertation pour les francophones de la région. Julie fait partie des chefs de file ( « on était une petite gang de petites vieilles » ), militant à la fois pour l’établissement d’un vrai centre culturel avec son propre bâtiment et plus généralement pour les droits des francophones en Colombie-Britannique. Elle est impliquée au mouvement pour l’ouverture d’un bureau francophone de Radio-Canada (télévision et radio de l’état canadien), qui se réalise en 1967.

Le Centre culturel francophone de l’Okanagan sur la rue Bernard, Kelowna.

En 1974 le Cercle loue un bureau, et devient le Club français. Julie en est la présidente de 1977 à 1978. En 1978 le Club devient le Centre culturel français de l’Okanagan. Il existe depuis 2010 comme le Centre culturel francophone de l’Okanagan (http://www.leccfo.org/en/).

En 1984, le Centre culturel français de l’Okanagan achète une ancienne église située au centre-ville de Kelowna sur la rue Bernard. L’église est rénovée afin de créer un lieu de rassemblement pour tous les francophones de la région. L’édifice, avec son clocher, sert toujours de bureau et de salle de rencontre où de nombreuses activités sont organisées pour le grand plaisir des francophones et francophiles.

De 1987-1988 Julie préside de nouveau le centre, maintenant le Centre culturel français de l’Okanagan. Un objectif central est de lever des fonds grâce à différentes activités pour payer l’immeuble qui abrite le centre. Une nouvelle génération de jeunes francophones plus récents luttera par la suite pour l’ouverture d’une école de langue française, qui devient réalité en 1998.

Pro Life Thrift Shop
Julie Blais Wambeke à la friperie Pro Life Thrift Shop.

La même année, Mme Wambeke ouvre un magasin d’articles usagés, le “Pro Life Thrift Shop”. Les profits sont versés à l’organisme Pro Life.

Durant ses années à Kelowna, Mme Wambeke retourne régulièrement voir sa famille qui reste à Delmas, son lieu de naissance. La visite la plus récente a eu lieu en 2010. En 2016, à l’âge de 96 ans, elle travaille quatre jours par semaine au magasin.

L’intérieure du Pro Life Thrift Shop

À la retraite depuis 2018, Julie apprend la guitare et à se servir d’un ordinateur.

Julie Wambeke à Kelowna en 2018.

Citations :

Barry, Bill. 1997. People Places : Saskatchewan and Its Names. Canadian Plains Research Center.
Radio Canada. 50 ans de radio en français en Colombie-Britannique. Publié le 30 novembre 2017. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1070268/inauguration-cbuf-francophonie-medias-archives